Faro, la reine des eaux
Long métrage de fiction, 2007
Un film de SALIF TRAORE
Production de DANIEL MORIN
En co-production avec:
PHILIPPE QUINSAC (PAV Communication – France)
SALIF TRAORE (Sarama Film – Mali)
BÄRBEL MAUCH (Bärbel Mauch Film – Allemagne)
ISMAËL OUEADROGO (DCN – Burkina Faso)
Avec MICHEL MPAMBARA, SOTIGUI KOUYATÉ et FILY TRAORE
Scénario: SALIF TRAORE et OLIVIER LORELLE, Direction photo: JEAN-PIERRE GAUTHIER,
Prise de son: JEAN-SÉBASTIEN ROY, Montage: LAURE BUDIN
Distribution: K-FILMS AMÉRIQUE (Canada)
ARMOR FILMS (France)
BORÉAL / PAV (Monde)
Synopsis
« FARO, LA REINE DES EAUX » est le premier long-métrage du cinéaste malien SALIF TRAORE. Ce projet de film, dont le scénario a été rédigé par le réalisateur lui-même en collaboration avec le scénariste français OLIVIER LORELLE, retrace le conflit d’un homme en quête de son identité en butte à une société villageoise qui lui refuse toute reconnaissance.
L’irruption de Zanga, le héros à la recherche de sa paternité va bousculer les traditions et engendrer un début de mutation des rapports sociaux. Zanga, enfant adultérin, de retour au village plusieurs années après en avoir été chassé, focalise sur sa personne un ensemble de contradictions obligeant les habitants à choisir leur camp.
Son but n’est pas de renverser la hiérarchie, mais d’amener la population à prendre conscience des nouvelles réalités sociales qui les entourent et à dépasser le socle de traditions qui régit la vie du village. Loin de lui de vouloir semer la discorde, mais sa recherche amène d’autres habitants à affirmer leur différence ou à faire reconnaître leurs droits, et tout particulièrement les femmes.
Ce conflit symbolise donc les contradictions liées aux mutations des sociétés traditionnelles, prisonnières du poids de leurs croyances et de leurs certitudes pour accéder à une nouvelle réalité sans renier leur identité. Le passage à une certaine forme de modernité ne se fait pas sans bousculer les structures existantes et sans remettre en cause les rapports de pouvoir régissant les relations entre les individus et les autorités temporelles et spirituelles.
Dans cette transformation sociale, les revendications des femmes imposent une nouvelle hiérarchie des valeurs, une reconnaissance de leur rôle et le respect de la place due à l’enfant. Zanga, par sa position d’exclu revenant au village après son bannissement pour cause d’illégitimité, devient en fait le symbole des opprimés et le « légitime » dans son opposition aux traditions établies.
Sa présence dans le village ne se résout pas à se fondre dans le moule de la vie quotidienne qui se perpétue depuis des millénaires, mais au contraire à venir bousculer le rythme assoupi des us et coutumes.
Sans être un personnage caricatural, il est celui qui, par son expérience et son vécu hors du village, fait bouger les structures relationnelles par une sorte de « contamination », ralliant à lui ceux dont la révolte ne peut s’exprimer.
Somme toute, FARO, LA REINE DES EAUX illustre bien la richesse narrative et la puissance de l’imaginaire africain tout en nous proposant un film contemporain et un regard nouveau sur une légende qui remonte à la nuit des temps.
Il ne fait aucun doute que ce film enrichira la cinématographie africaine et mondiale par son originalité globale et par la force de rapprochement des peuples que ce projet de film aura provoqué dont entre autre une co-production internationale réunissant la France, le Canada, le Mali, le Burkina Faso et l’Allemagne.
Notes de productions
Nous avons fait la connaissance de Salif TRAORE lors d’un voyage au Mali pour une collaboration au tournage d’un film documentaire. L’aide précieuse qu’il nous a offerte nous a incité à connaître son travail de réalisateur.
Nous avons pu l’apprécier dans la série de 6 épisodes de 40’, SIDA LAKARI, dont il est aussi l’auteur ; série de fiction, réalisée pour l’ORTM avec le financement de la Commission Européenne, destinée à sensibiliser la population malienne sur la maladie et la prévention du Sida.
Personnalité attachante par sa réserve et sa modestie, dont la culture et la sensibilité incitent à la rencontre, Salif TRAORE est animé d’un profond désir de réalisation. Tour à tour assistant, directeur de production et régisseur de Souleymane CISSE, d’Abderrahmane SISSAKO et de Maurice KABORE, il a pu mettre à profit ces diverses expériences pour mener parallèlement sa propre démarche de réalisateur.
Le Mali n’étant pas la France ou le Canada, sa volonté d’aboutir dans ce domaine nécessite une certaine dose de courage et de ténacité révélatrice de son engagement.
En mettant en œuvre la production du film « FARO » réalisé par Salif TRAORE, nous poursuivions plusieurs objectifs :
Tout d’abord sur le plan culturel, l’intérêt du sujet lui-même qui rend compte d’une réalité sociale et culturelle inhérente à la société malienne. Dans cette société, les individus ont un rôle précis, déterminé par leur appartenance à une ethnie, une caste ou leur naissance. Cette position sociale, personne ne peut y échapper, elle colle à la peau et marque pour la vie.
La société malienne, profondément traditionnelle et ancrée dans ses croyances, ne tolère pas les écarts. L’intérêt de ce projet est d’explorer une situation de rupture. Zanga, le personnage principal, refuse ce déterminisme qu’il n’a pas choisi et qui le rend suspect auprès des autres. Sa réussite sociale ne constitue pas une garantie mais plutôt une source d’inquiétude. Enfant adultérin, il cristallise autour de sa personne tous les soupçons d’une société figée dans ses croyances.
Lui-même est pris dans ces contradictions. Tout en rejetant ces croyances, il ne peut les nier. Il sait que son existence dépend de la découverte de son père, condition essentielle de sa reconnaissance sociale. Après avoir essuyé une rebuffade, il comprend que son avenir dépend de cette quête, mais en même temps, il sait qu’il devra affronter ses pairs qui, pour se protéger, s’opposeront à lui et refuseront toute mansuétude.
A travers la quête de Zanga, ce projet nous amène à découvrir une Afrique rurale confrontée à des mutations, où le pouvoir local vacille sous la poussée des opprimés, mais dans laquelle la tradition est obligée de composer avec la modernité pour continuer à maintenir son emprise sur les individus.
À notre niveau, nous voulions, par ce film, participer au renforcement de la cinématographie des pays du Sud tout en élargissant les vues et connaissances des pays du nord versus les pays du sud, tout en donnant la possibilité à de nouveaux talents émergeants de s’exprimer dans le domaine de la fiction long métrage.
En décidant de travailler avec Salif TRAORE, nous voulions participer au renouvellement du vivier créatif. Bénéficiant d’une bonne expérience personnelle de la réalisation ainsi que d’une reconnaissance par ses pairs, tel Souleymane CISSE et Abderrahmane SISSAKO, Salif TRAORE nous a semblé à même de contribuer à l’essor du cinéma malien et, par ricochet, à l’ouverture d’esprit et à l’épanouissement de notre propre cinématographie.
Cela permettra aussi à celui-ci de s’imposer en tant que réalité culturelle aux côtés d’autres cinématographies du Sud comme celles du Burkina Faso, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire ou du Cameroun.
Par ailleurs, sur un plan purement technique, ce projet nous a aussi permis de mettre à disposition et de sensibiliser les techniciens locaux aux nouveaux outils de production issus de la technologie numérique, notamment en ce qui concerne la post-production et les tournages en haute définition.
Sur le plan de la formation, en coordination avec les structures institutionnelles locales (C.N.P.C., O.R.T.M., D.C.N.), mais aussi et européenne (Africalia, Church Development Service) nous voulions participer au développement d’un outil de production à la fois technique et humain capable d’assurer la mise en œuvre de ses propres projets.
Ce projet de film représentait donc une réelle opportunité en termes de formation dans la mesure où nous souhaitions faire largement appel à des techniciens locaux. Notre choix de tourner ce film avec des moyens modernes et sophistiqués, la technologie vidéo numérique HD24p, correspondait donc à notre souhait de mettre à la disposition du cinéma africain un outil technique comparable sur le plan de la qualité au 35 mm., mais permettant de s’affranchir de la lourdeur et des inconvénients du support argentique.
Le fait de faire appel à des techniciens canadiens et européens confirmés nous a également permis d’assurer la qualité technique requise pour des productions cinématographiques telles que nous les connaissons en Europe et en Amérique du Nord et que le public apprécie.
Elle offrait aussi la possibilité de mettre à la disposition à des techniciens locaux un savoir-faire basé sur une expérience professionnelle dont ils ont pu tirer partie dans le cadre d’une formation professionnelle en situation.
Les postes déterminants tels que directeur de la photographie, cameraman, ingénieur du son, directeur de production, directeur de la formation, scripte, maquillage des effets spéciaux et conventionnels ont été tenus par des techniciens canadiens et européens.
Enfin, en produisant ce film, nous avons tous marqué notre vif intérêt à travailler dans une relation Nord – Sud avec des réalisateurs originaires de pays du Sud, estimant qu’il existe, dans ces pays, une potentialité certaine encore sous-exploitée en termes de production cinématographique.
L’arrivée des technologies numériques facilitera sans aucun doute le développement de la production des cinématographies du Sud grâce à la souplesse de la mise en œuvre de ces nouvelles techniques et l’abaissement des coûts de production qu’elles engendrent.
Cependant, les ressources de production restent encore insuffisantes pour ces pays. Le soutien apporté par des partenaires institutionnels gouvernementaux et privés, tant au Canada qu’en France ou en Allemagne, tel que SODEC, Super Écran, Fonds Francophone de Production Audiovisuelle du Sud de l’A.I.F. en collaboration avec le CIRTEF, le World cinéma fund et j’en passe, est important et indispensable pour encourager des producteurs indépendants à investir en partenariat avec des sociétés de production locales dans des projets du Sud et contribuer ainsi à briser l’isolement dans lequel elles se trouvent.
PUBLIC CIBLE
Ce film est a priori pour tout public, tant africain, européen que canadien. Mais il intéresse plus particulièrement un public d’adultes attirés par le cinéma d’auteur, intéressés par une dramaturgie où le récit s’établit dans les relations entre les individus, le moteur dramatique n’étant pas dans l’action elle-même mais plutôt dans l’interaction entre les personnages.
Ce film est avant tout une fable et, par delà l’image et la beauté des paysages qu’il nous donnera à découvrir, il nous interpelle sur les rapports humains.
Outre les spectateurs d’origine africaine sensibles au regard d’un des leurs sur leur réalité sociale, les spectateurs nord-américains et européens ouverts à d’autres cultures devraient être réceptifs à ce sujet.
L’Afrique a toujours suscité une certaine fascination sur le public, et que ce film soit réalisé par un auteur encore inconnu peut être un atout pour l’intérêt du public.
Ce film, en touchant à des problèmes d’éthique et de justice sociale, sera par ailleurs un facteur d’intérêt pour toutes les personnes sensibles à ces notions, d’autant plus lorsque ces thèmes concernent l’Afrique.
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